SYNTHESE DES CONCLUSIONS

La présente note de synthèse est articulée autour des points-clés suivants : 
-préambule
-synthèse de l’exposé du conférencier
-synthèse des interventions et des débats
-conclusions et recommandations

I. Préambule

La Convergence pour le Développement de la Région de Matam (CODEREM) a été portée sur les fonds baptismaux le 29 juin 2003 au cours d’une Assemblée Générale constitutive tenue à la Chambre de Commerce de Dakar. Elle a obtenu sa reconnaissance légale le 15 décembre 2003. La CODEREM est à la fois un cadre de réflexion, un espace de dialogue et un levier du développement de la nouvelle Région de Matam. Comme son nom l’indique, elle ambitionne de fédérer toutes les initiatives portées par les hommes et femmes : cadres, opérateurs économiques, élèves et étudiants, leaders associatifs dans un même élan de solidarité pour le bien être des populations de la Région. Dès sa création la CODEREM a défini un agenda de développement articulé autour des activités phares suivantes : 
-la mise en place d’un centre d’accueil et d’assistance (Galle jangoobe) aux élèves les plus démunis du lycée de Matam confrontés à des problèmes aigus d’hébergement;
-le lancement d’une initiative de mobilisation de ressources financières conséquentes sous la forme d’un Fonds de Développement d’un capital prévisionnel de 300.000.000 FCFA;
-l’organisation annuelle de caravanes de santé publique au bénéfice des populations.

En outre, la CODEREM organise périodiquement un dîner-débat autour d’un thème d’actualité, d’intérêt régional et national. Cette manifestation annuelle constitue un espace technique d’échanges entre experts, hommes politiques, opérateurs économiques, élus et un instrument de plaidoyer en faveur du développement de la région de Matam. 
L’édition de cette année a été organisée le samedi 09 mai au « Téroubi » sur le thème « autosuffisance alimentaire et lutte contre l’émigration des jeunes : plaidoyer pour la région de Matam » sous le parrainage de Monsieur Zakaria DIAW, Ministre d’Etat, Directeur de Cabinet de Monsieur le Président de la République. La conférence, animée par Monsieur Amadou Tidjane Wane, Ingénieur Agronome, Maire de Kanel, a enregistré la présence massive des fils de la région, notamment ceux de la diaspora, des cadres, des parlementaires et sénateurs et des personnes ressources. 
La présente note de synthèse présente les conclusions tirées et les perspectives envisagées au terme de l’exposé du conférencier, des interventions des panélistes et des débats fructueux qui s’en ont suivi.

II. Synthèse de la présentation du conférencier

Le conférencier a introduit son propos par un rappel historique qui a permis une mise en perspective appropriée du thème choisi et le développement d’une approche moins techniciste et plus englobante. 
2.1. Rappel historique Dans son rappel historique, le conférencier a articulé son propos autour des poins clés suivants: 
-le Fouta a été façonné par les Satiguis à travers de grands héros historiques tels que Samba Guéladio Djégui et Koli Tenguéla de 1535 à 1776;
-ces dényankobés ont régné sur la vallée du fleuve, le Fouta et la Sénégambie;
-la révolution maraboutique conduite par Thierno Souleymane Baal et 14 autres marabouts a déstabilisé le pouvoir des « Satigi » et installé un pouvoir théocratique;
-le règne de l’almaya a pris fin après l’assassinat de Abou Bakry Kane en 1891;
-pendant les trois siècles de règne de l’almamya, le Fouta n’a jamais été colonisé;
-en 1797, jaillit la lumière à travers l’illustre figure El Hadj Omar Tall qui s’est déployé au Soudan français, actuel Mali, à partir de réfondé. 
L’Introduction de cette grande figure religieuse dans ce contexte historique a permis au conférencier de faire le lien entre le thème de la conférence et le fameux appel lancé par l’illustre marabout : « pere ndarjon », c’est-à-dire « expatriez-vous pour rayonner ». Or, fait remarquer à juste titre le conférencier, aucune région ne peut se développer en expatriant sa jeunesse. 
2.2. Problématique de l’autosuffisance alimentaire dans la région de Matam : quelques Constats et piste s de réflexion. 

2.2.1. Les constats
-La région de Matam a connu en tant que département de la Région de Saint-Louis, une succession de projets et de missions de développement menés par des organismes bénéficiant de fonds divers, exemples : OMVS, AOD, SAED etc.;
-le potentiel agricole de la région est énorme en termes de disponibilités de terres cultivables : 88.000 ha irrigables en saison hivernale et 58.000 ha en contre saison.
-la région de Matam est dans un ensemble géographique qui présente des avantages comparatifs si l’on règle le problème de la navigabilité du fleuve Sénégal;
-il n’est pas pertinent que le fer du Sénégal Oriental transite par un port sec pour aboutir à Lompoul, il ne doit pas être transporté par la voie du chemin de fer;
-le potentiel de développement de la région est considérable, (des études ont confirmé qu’elle peut être la Californie du Sénégal) mais ce qui nous a manqué c’est la volonté politique et la mobilisation des cadres et des élites, la confiance en nous-mêmes et à nos valeurs culturelles, morales et religieuses;
-l’électricité produite à Manantali sert pour l’essentiel à alimenter Dakar et la région n’en profite pas;
-la région dispose de phosphate utilisable immédiatement soit par la voie sèche, soit par la voie humide;

2.2.2. Pistes de réflexion et perspectives 
Au terme du diagnostic situationnel de la région, le Conférencier a dégagé quelques pistes de réflexion qui pourraient alimenter le débat sur le développement de la région. Il a ainsi tiré les conclusions suivantes : 
-prendre exemple sur les producteurs du Delta dont la majorité des producteurs ont un niveau d’études de BAC +4 et qui maîtrisent parfaitement les filières de production, de transformation et de commercialisation;
-l’émigration des jeunes de la région ne pourrait être vaincue que s’il existe de réelles opportunités d’insertion économique et de vrais motifs de rester;
-la route Matam-Linguère n’est pas une priorité, la priorité c’est la navigabilité du fleuve. 
En somme, la substance du plaidoyer pour le développement de la Région passe par un recentrage des politiques de développement local autour de quatre piliers fondamentaux : 
-la navigabilité du fleuve avec possibilité de produire de l’électricité qui profite avantageusement à la région ;
-une politique volontariste d’irrigation des terres par la maîtrise de l’eau;
-le maillage hydraulique du ferlo avec l’objectif d’avoir un forage tous les 5 km ;
-le développement de l’élevage, non à partir des approches d’insémination artificielle, mais en cherchant plutôt dans les gènes de nos animaux les moyens techniques d’améliorer leur potentiel de développement.
-la mise en place d’une usine d’acide phosphorique dans le Département de Kanel. 
Au terme de sa présentation, le Conférencier a lancé un plaidoyer fort en direction de la représentation parlementaire de la région en l’exhortant à s’impliquer davantage dans les travaux de commissions à l’Assemblée nationale et au Sénat en cessant les tiraillements politiques qui sont préjudiciables au développement de la région. En retour, les 14 députés et nos 5 sénateurs doivent être fortement soutenus quelque soit les convictions politiques des uns et des autres. Il a également recommandé à la CODEREM de s’investir dans les processus de mise en œuvre du Plan REVA et de la GOANA qui sont de bons instruments d’autosuffisance et de sécurité alimentaire.

III. Synthèse des interventions des panélistes et des débats

L’essentiel des interventions du Coordonnateur du Plan REVA et du Directeur Général de la SAED ainsi que de celle du Directeur de l’Hydraulique urbaine a permis de conforter les conclusions du conférencier. Ils ont ainsi mis en évidence l’énorme potentiel hydro agricole de la région, montré les acquis et les limites des politiques publiques initiées dans la région. Globalement, les points suivants ont été retenus : 
-Matam est une région frontalière avec quatre (04) autres régions du Sénégal et partage une longue frontière avec la Mauritanie, or très peu de régions connaissent cette situation;
-la région est dotée de ressources naturelles assez abondantes et stratégiques dans une perspective de développement d’un pôle industriel ; or, paradoxalement, Matam est mal classé au niveau national avec un indice de pauvreté qui est l’un des plus bas;
-une attention particulière doit être accordée au département de Ranérou qui pourrait être l’Australie du Sénégal par ce que cette zone n’a pas de contraintes liées à la densité dans l’occupation de l’espace avec un énorme potentiel en élevage et un territoire très doté en eaux souterraines;
-les avantages comparatifs de la région pourraient se résumer en un triangle stratégique : agriculture, élevage, mines ; la région se trouve également dans la zone la plus étudiée au Sénégal (PDRG étant un référentiel dans ce cadre);
-la politique de maîtrise de l’eau doit être articulée à une politique de gestion de l’eau, une chose est d’amener l’eau, autre chose est de la distribuer en respectant les normes techniques;
-la SAED reste encore un instrument stratégique et opérationnel de développement de la région ; il faut donc la renforcer et la défendre par une politique de désenclavement systématique des zones d’impulsion; (le pont de Diamel et l’ouvrage de Nawel constituent des acquis dans ce cadre);
-le PRODAM mène un travail intéressant avec le développement de projets productifs dans le ferlo. 

IV. Conclusions générales de la conférence et recommandations

Au terme de l’exposé introductif du Conférencier, des interventions des panélistes et des débats engagés, les conclusions suivantes ont été retenues : 
Les avantages comparatifs de la région en termes d’autosuffisance alimentaire sont réels avec des ressources minières, industrielles et hydro agricoles appréciables. Si la ­ 
Région ne parvient pas encore à amorcer son décollage en tant pôle de développement, la faute incombe en grande partie à ses fils, c’est-à-dire à nous-mêmes. Il faut donc faire preuve de plus d’engagement, de plus de rigueur dans les prestations qui sont livrées. Nous avons l’obligation de soutenir les Ministres et les élus de la région tout en exigeant d’eux une obligation de rendre compte. 
Globalement, l’appel lancé par la CODEREM a été entendu et la conférence a connu un grand succès par l’importance du niveau de représentation et la qualité de l’organisation. L’association a relevé le défi de la participation en regroupant dans un même espace d’échanges, députés, sénateurs, ministres, groupes socio-économiques, cadres etc. 
On peut toutefois regretter que le thème n’ait pas été traité dans sa globalité, notamment dans la partie relative à l’émigration des jeunes. Du reste, la dimension émigration devra être perçue autrement et ne saurait constituer un fléau. 
La CODEREM a marqué un grand coup en termes de plaidoyer et il importe de renforcer de multiplier de telles initiatives en prenant en compte les recommandations suivantes : 
-la CODREM devra faire preuve d’une plus grande ouverture en portant ses actions tant au niveau économique qu’au niveau des processus de prise de décision au plan local et national, tout en gardant sa spécificité et son identité;
-communiquer davantage sur ses actions en les rendant plus visibles et en faisant appel aux professionnels de l’information et de la communication de la région;
-développer des plages de rencontres entre l’élite, les hommes d’affaires de la région, les politiques et les populations; 
Au total, la CODEREM devra renforcer son potentiel d’organisation en se fixant des objectifs réalistes, avoir un agenda clair à mettre en œuvre au profit de nos populations. 

Rapporteur Monsieur Ousmane DIA



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